Avec Jean Valjean, Éric Besnard signe une adaptation modeste de Victor Hugo qui se concentre sur les débuts des Misérables. Sur le papier, l’idée est séduisante : Jean Valjean d’Éric Besnard promet un retour à la source, recentré sur la rencontre entre le bagnard brisé et l’évêque Myriel. En pratique, le film oscille entre honnête illustration scolaire et téléfilm de patrimoine appliqué, sauvé par Grégory Gadebois et, dans une moindre mesure, par Isabelle Carré.
Le problème, c’est que cette critique de Jean Valjean d’Éric Besnard revient toujours au même constat : Bernard Campan peine à s’imposer en Monseigneur Myriel, et la mise en scène ne parvient jamais à faire vibrer le matériau hugolien.
Un « petit » Hugo : le pari, et les limites, de l’adaptation
Dans Jean Valjean, Éric Besnard fait le choix assumé du « petit » Hugo. Loin de la fresque colossale, le film resserre le récit sur les deux premiers livres des Misérables : le vol du pain, le bagne, la sortie, l’arrivée chez l’évêque, la fameuse scène des chandeliers. L’intention est claire : aller à l’essentiel, raconter la naissance d’une conscience.
Sauf que cette adaptation de Victor Hugo reste trop souvent à l’état de simple illustration. La trajectoire de Jean Valjean se lit comme une succession d’épisodes « fidèles au texte », mais sans réelle tension dramatique. On comprend ce qui se joue, on coche les étapes, mais Jean Valjean d’Éric Besnard ne parvient jamais à imposer son propre souffle.
La grande force du roman, c’est la collision permanente entre destin individuel et violence sociale. Ici, la dimension politique est largement désamorcée. Le film préfère l’édification morale à la colère, la parabole au scandale. Résultat : une adaptation anémique, trop sage pour bousculer, trop appliquée pour émouvoir durablement.
Grégory Gadebois : le vrai poids de « Jean Valjean »
S’il y a une raison d’aller voir Jean Valjean d’Éric Besnard, elle tient en deux mots : Grégory Gadebois. Sa simple présence donne au film une densité que le scénario et la mise en scène n’arrivent pas toujours à assurer.
Physiquement, il est Valjean : le corps massif, la nuque lourde, la démarche d’animal traqué. Le passé de bagnard est inscrit dans sa manière de se tenir, de respirer, de se recroqueviller sur lui-même. Quand le film le présente presque comme une bête mutique, c’est là que l’acteur est le plus juste : le regard fuyant, la honte comme seconde peau, la fatigue d’un homme pour qui le monde n’offre plus que des coups.
Dans cette critique de Jean Valjean d’Éric Besnard, il faut le dire clairement : c’est Gadebois qui sauve la mise. Dès que la grâce commence à fissurer la carapace, dès que Valjean accepte d’être vu, le film décolle enfin. Certains plans laissent entrevoir ce qu’aurait pu être une adaptation plus audacieuse : un portrait rugueux, traversé par la violence du réel et la possibilité du pardon.
Isabelle Carré, boussole discrète dans un film trop théorique
En sœur Baptistine, Isabelle Carré joue la carte de la douceur inquiète. Elle ne surjoue jamais, ne cherche pas à grignoter l’espace de Gadebois : elle l’accompagne. Sa présence contribue à rendre crédible la maison de l’évêque, qui échappe ainsi au simple statut de décor édifiant.
Le scénario ne lui offre pas de véritable arc dramatique, mais elle parvient à glisser de l’humanité dans un dispositif parfois trop théorique. Dans Jean Valjean d’Éric Besnard, elle sert de relais émotionnel entre le geste radical de Myriel et la sidération de Valjean. Elle est le visage humain d’un film qui, autrement, risquait de ne plus être qu’un dispositif moral.

Bernard Campan : un Monseigneur Myriel qui ne décolle pas
Et puis il y a Bernard Campan. C’est là que Jean Valjean d’Éric Besnard se heurte à une vraie limite. Sur le papier, le choix pouvait intriguer : un acteur venu de la comédie populaire, reconverti dans un registre plus grave. À l’écran, la partition reste correcte… mais terriblement terne.
Myriel, chez Hugo, est une apparition : une figure presque irréelle, à la fois concrète et légèrement en décalage, comme s’il vivait déjà dans un autre monde. Ici, Campan reste « Bernard Campan en soutane » : diction maîtrisée, quelques éclairs de douceur, mais aucun vertige. La grande scène des chandeliers en est le symptôme : tout est en place, mais rien ne tremble.
Dans cette critique de Jean Valjean d’Éric Besnard, il faut reconnaître que la conversion de Valjean touche davantage par le travail intérieur de Gadebois que par la force d’incarnation de l’évêque. Le film avait besoin d’un mystique ; il se contente d’un gentil prêtre.
Mise en scène : respectueuse… jusqu’à la frilosité
Au rayon mise en scène, Jean Valjean d’Éric Besnard assume un classicisme tranquille. Paysages de montagnes, villages de pierre, intérieurs à la bougie : le film coche les codes du « cinéma de patrimoine ». La photo tire vers le sépia, la lumière reste souvent terne, le cadre ne cherche jamais à déranger.
Ce choix peut se lire comme un parti pris de modestie : ne pas faire d’esbroufe, se mettre au service du texte. Mais on peut aussi y voir une forme de frilosité. Rarement la mise en scène se risque à inventer un langage propre pour traduire la violence sociale et morale du roman. Les scènes s’enchaînent avec une fluidité polie, mais sans véritable choc de cinéma.
De fait, Jean Valjean ressemble souvent à un film pensé pour être montré en classe, en appui d’un cours sur Hugo. On se dit que la copie fera parfaitement l’affaire dans une salle polyvalente de lycée. Sur grand écran, pour un public cinéphile, l’ambition paraît un peu courte.
Une adaptation qui ne tient que par ses acteurs
Qu’on soit clair : Jean Valjean d’Éric Besnard n’est pas un ratage complet. Cette adaptation de Victor Hugo n’est ni honteuse ni grotesque ; elle est simplement trop prudente. Pour un spectateur peu familier des Misérables, le film déroulera un récit lisible, accessible, porté par un acteur principal impressionnant.
Mais pour un public exigeant, cette critique de Jean Valjean d’Éric Besnard se résume à un constat de rendez-vous manqué. On aurait aimé : plus de colère sociale, plus de risque formel, plus de mystère dans la figure de Myriel et un vrai point de vue sur ce que signifie adapter Hugo aujourd’hui.
À la place, on a un film « pas mal », sauvé par Grégory Gadebois, porté gentiment par Isabelle Carré, tiré vers le bas par un Myriel sans profondeur et une mise en scène trop docile.
Verdict : un « Jean Valjean » en demi-teinte
Au final, cette critique de Jean Valjean d’Éric Besnard tient en une phrase : un film correct, mais indigne du texte qu’il prétend servir. Gadebois y livre un Valjean puissant, habité, qui mérite d’être vu. Le reste suit, sans jamais vraiment surprendre.
On ressort avec l’impression d’avoir assisté à un Hugo sous tranquillisant, où la radicalité du pardon est soigneusement séparée de la violence du monde. Pour un dimanche soir fatigué, pourquoi pas. Pour un lectorat de cinéphiles qui aime qu’on prenne le cinéma – et Victor Hugo – au sérieux, c’est trop peu.
Reste une consolation : si un autre cinéaste décide un jour de s’emparer à nouveau de Jean Valjean, on saura qu’il y a, dans le visage de Grégory Gadebois, la matière d’un grand film que celui-ci n’a fait qu’effleurer.
